samedi 15 novembre 2008

rabachage...

Un texte de Gicerilla, m’inspire cet écrit, souvenir de septembre 1977.

http://gicerilla.hautetfort.com/


Vous raconterais-je ma toute première heure de classe, son estrade qui me mettait à un mètre au moins au-dessus du sol, (pratique en cas d’inondation) et ma classe de pré-boutonneux, un CM2 de 42 élèves du Val Fourré, à Mantes...

J'y faisais un remplacement de trois mois. L’instit, Monsieur D….., un vrai Corse, avait eu un stage de longue durée à l’éhenne(EN : Ecole Normale, aujourd’hui l’IUFM, avant de ne plus exister)… Il avait eu la gentillesse de me mâcher la première semaine, me disant qu’ensuite, je devais continuer sur le même rythme. Je devais commencer par poésie. Faire réciter les 6 premiers vers déjà appris et poursuivre l’apprentissage de quatre vers supplémentaires chaque jour ; telle était ma mission. Pas si impossible que ça.

La poésie ? Une de la Fontaine, un lundi matin, à la fraîche ! sympa me diriez-vous : "Petit poisson deviendra grand pourvu que Dieu lui prête vie..." Le titulaire du poste me gâtait juste par la longueur de la poésie. Mais La Fontaine c’était gâteau…Les vers ont l’avantage d’être bien balancés, c’est de l’alexandrin avec césure à l’hémistiche…Ca coule comme un guéwurtz, vendanges tardives, au fond d’un gosier desséché par l’ambiance enfumée d’une winstub.

Bien sûr, j’avais un handicap de première bourre : je ne connaissais pas les élèves. J’avais donc le choix entre interroger les bancs du fond de la classe et ceux de devant, les fayots du premier rang... Ma réflexion m’amène à penser que je dois chercher la réussite et ne pas commencer à me heurter au groupe classe en déjugeant les « moins bons »… Du coup, je pense bien faire en interrogeant un sage placé juste devant mon bureau…Erreur funeste ! C'était pô un fayot, l' gars!!! Non ! un bègue!!!

Je perçus une rumeur de satisfaction dans la classe, que je pris pour des « oufs » de soulagement. Le voilà qui se lève, qui monte les trois marches de l’estrade. Ne crois pas lecteur qu’il monte à l’échafaud ! Non j’ai bien l’impression qu’il possède son sujet et le voilà qui se gratte la gorge avant de commencer à haute et intelligible voix.

"Pe pe pe pe pe" commence-t-il...

Les pupitres, charitablement, se soulevèrent pour éviter une hystérie générale. Je percevais derrière ces maigres remparts des rires moqueurs. Il fallait que je donne l’exemple bien sûr mais du coup je me demandais comment j'allais me sortir de ce "merdier" (excuse mon manque de vocabulaire devant la situation, lecteur), et s'il fallait que j'ouvrisse le parapluie pour ne pas subir l'attaque inévitable de postillons, chaque fois qu’il se tournait vers moi, les yeux suppliant d’interrompre.

"Pe pe pe pe pe" reprit-il de plus belle… Nous n’étions pas sortis de l’auberge. Il insistait le bougre… Il faut dire que le « pe » du départ ne demandait qu’à être répété .L’activité étant prévue pour vingt minutes je faisais l’apprentissage des programmes que l’on n’arrive jamais à boucler… Et la récréation ne sonnait qu’une heure trente plus tard. On ne pouvait décemment pas en rester là. Je suppliais intérieurement les mânes du grand philosophe Jean- Jacques Rousseau dont le nom ornait le frontispice du groupe scolaire. Qu’aurait-il fait avec l’Emile, dans le même cas, lui le grand pédagogue ?

"Fallait-il que je le coupasse dans ses efforts louables?" J'en suis encore en train de me le demander maintenant que je suis à la retraite! Je pense avoir géré mon problème, car c’était le mien, en le ramenant à sa place et lui proposant de me la réciter à la récréation. Après avoir vu mes collègues, je ne suis pas revenue à la charge. Nous avions lui et moi d’autres chats à fouetter, que Roucky me pardonne.

18 commentaires:

jlb a dit…

c'est vrai qu'il y a spontanément du sourire à lire cette histoire mais c'est un sourire amer qui se vrille rapidement sur lui même, où l'empathie revient au galop, ou la culpabilité gronde déjà au fond de soi. Alors un mot: le pauvre!

jalhouse a dit…

Pauvre Rouky .... Ce n'est pas simple d'être face à la situation quand " on se sait pas" et els élèves sont si cruels entre eux ...
j'imagine ton malaise de remplaçante ... et puis le sien , car pour sûr .. il fut humilié ...
pas à cause toi , non .. A cause des autre .. et peut-être bien par lui même .....
Bon week end .

herbert a dit…

Je suis ému.
Ces histoires...des souvenirs, des vrais...J'en aurais à pattager aussi...
Merci pour ce que tu as écrit.
Bon week-end à toi.

Laudith a dit…

De l'émotion en lisant ce texte, mon ex était enseignant, pas toujours facile les prémières fois surtout quand les élèves ne se font pas de cadeaux.

Bon week-end muse, qu'il te soit plein d'amitié.

DE-PROPOSITO a dit…

Pelo que entendi do texto, creio que não houve dificuldades. Talvez alguma resistência, ou a desconfiança perante algo de novo que nos aparece.
Fica bem.
E felicidades.
Manuel

heure-bleue a dit…

J'ai le même avis que Jalhouse...

camomille a dit…

A mon époque, en primaire, je n'ai jamais connu ça. Nous (les filles) nous entendions bien, pas de jalousie, pas de mise à l'écart.. Mais c'était une autre époque.... On dirait une centenaire qui écrit.... Au collège cela a changé et au lycée plus encore.... Bon après midi Muse et prends soin de toi...

Muse a dit…

jlb--> on apprend aussi à gérer les différences
Jalhouse et HB--> Cette situation n'était pas nouvelle pour lui; il ne bégayait pas sur un terrain de foot mais la situation classe devait le terrifier.
Herbert--> Emue, Je crois l'avoir été aussi.
-->Merci pour ton amitié Edith
-->Manuel,é gagueira principalmente pela emoção
-->Camo, une muse n'est-elle pas intemporelle? J'ai connu les classes chauffée au bois et charbon et tant d'autres choses.

Anonyme a dit…

Je vois bien que nous sommes de la même génération! J'ai connu tout ça (4 ans de suppléances sans conseils)et appris au fil des ans à le gérer. Mais quel beau métier! C'est pour cela que,à la retraite, je prends des élèves en peinture: pour le plaisir de transmettre ce que je sais. Je te souhaite un très bon dimanche! Arlette.

jean-philippe a dit…

Une histoire émouvante , cruelle et réaliste !! La Fontaine et jean-jacques Rousseau n'y sont pour rien leur génie est au dessus de tout soupçon !

touchant ton texte ...
je t'offre la version studio de TA chanson "ma muse m'amuse" (je me devais de te l'offrir avec une bonne qualité )
là : http://www.wat.tv/audio/jerry-ox-202x_11shc_.html

bonne écoute !!

CarrieB a dit…

Eh bien, quels débuts! J'imagine facilement le stress des premiers jours et de ce type de situation imprévue! Même si de l'eau (et du bon vin!) a coulé depuis, il y a toujours de jeunes instits qui y sont confrontés, alors on a une petite pensée pour eux/elles!

brigetoun a dit…

admiration - le plus beau des métiers dont j'ai toujours pensé que je n'aurais pas su le faire

lancelot a dit…

J'adore ton style de narration. Un brin de bonheur qui s'ajoute aux rayons de soleil de ce jour.
Amitiés

tanette a dit…

Emouvant, fort bien raconté. Terrible pour lui, embarrassant pour toi..!

Viviane a dit…

J'aime ce texte plein de vérité et je comprends très bien cette situation et je "vis" ces sentiments.
Amitiés
Viviane

Vincent a dit…

Coucou Muse, bien que je compatisse avec le "pôv mome" j'ai pas pu m'empêcher de me tordre à cette lecture. Tu m'a fait beaucoup de bien Muse.
Du coup je te fais un tas de poutousssssssssss.

Françoise a dit…

Pauvre gamin...
Mais l'histoire est racontée avec beaucoup d'humour, et c'est bien ainsi :-))

Azalaïs a dit…

Je t'ai laissé un com chez les impromptus pour te dire que Mantes, je connais bien! Ma fille ainée est née à l'hopital de Mantes, elle allée au Lycée Saint Ex et vit toujours dans la région parisienne où nous allons de temps en temps!
bises