samedi 3 mai 2008

Madame Joséphine aimait beaucoup la compagnie et ce qu'elle préférait par-dessus tout c'était nous raconter ses histoires où se mêlait réalité et fiction. On ne savait plus très bien si ce qu'elle racontait tenait du mystérieux ou si ses dires restaient enracinés à sa terre natale. Elle était créole, disait-elle, mais nous n'avons jamais su exactement de quelle île caraïbe elle venait. On n'aurait pas su dire son âge, non plus. Elle cachait probablement ses cheveux blancs sous un foulard, noué à la pirate. Et toujours son brûlot à la bouche...que pouvait-elle bien fumer?

Ils avaien pris, en famille le chemin de l’abattis familial . Il était aujourd’hui en pleine production ; on y récoltait des ignames, des tarots, des giraumons, du paddy et des fruits à profusion …mangues, papayes, cristophines, goyaves, maubins, caramboles, fruits de la passion et autres agrumes.

Il faut dire que les hommes de la famille avaient travaillé dur sur ce lopin de terre. Il était au creux d’un vallon, à quelques trois kilomètres du village ; un jour, il y a quelques mois de cela, les hommes étaient partis avec leur sabre d’abattis en reconnaissance.

Puis ils avaient abattu une partie de la forêt, qui deviendrait leur jardin. On aurait pu se croire revenu au moyen- âge, lorsque les paysans défrichaient à tour de bras. Ces arbres abattus avaient séché, grillé au soleil durant tout le grand été et ce n’est qu’à la fin octobre qu’il avaient mis le feu à ce bûcher.

L’humidité régnante avait arrêté cet incendie ; il ne s’était pas propagé. Il avait juste brûlé l’emplacement du jardin. Outre le fait de nettoyer le terrain des mauvaises herbes ou de réduire les gros troncs à l’état de cendres, ce brûlis avait la propriété de produire de l’engrais et de détruire toutes les bestioles qui vivaient dans la terre et qui parasitaient le sol.

Puis, ils avaient attendu les premières pluies… Et au pays de Kulinaïlu (le [u] se prononce ou) quand commençait la saison des pluies, il pleuvait tous les jours ; c'étaient des trombes d’eau qui s’abattaient sur cette végétation… qui atteignait alors le gigantisme que l'on sait.

Au tout début de cette saison des pluies, les Indiens avaient coutume de planter du riz, le paddy qui ne pousse qu’à cette saison car le sol se transforme très vite en rizière. La terre n’a pas le temps de s'assécher .

Ce matin–là, les femmes de la maison venaient faire la récolte du manioc pour préparer les galettes de cassave ; et ce n’est pas tous les jours que l’on fabrique la cassave !
Pas comme nos boulangers. Kulinaïlu, portait le plus jeune de la famille dans un hamac qu’elle avait suspendu autour de son cou. Le hamac lui barrait la poitrine et elle portait l'enfant sur la hanche, les jambes du bébé enserrant la taille de la jeune fille. Les autres portaient des calebasses pour arroser certaines jeunes pousses qui avaient des besoins plus pressent en liquide. Le fleuve n'était pas loin.

Bon début de week-end , lecteur. Je m'en vais visiter une bloggeuse, et vous lirais ce soir en rentrant.

9 commentaires:

herbert a dit…

Bonjour, Muse.Et merci
Je suis, je suis.
Bonne journée pour toi
Et bisous

Mohamed El jerroudi a dit…

Muse
je viens de lire ton texte...Ce qui veut dire que je suis devenu ton lecteur...

Mais ne te fache pas si je ne laisse pas souvent de commentaire
je suis paresseux...

Mohamed

Rom a dit…

Cristophines, maubins, caramboles! des mots qui me sont inconnus mais qui m'enchantent, tout comme ton récit. Et, mais je ne t'apprends rien, la calebasse est aussi un magnifique objet d'art: tables, chaises, lampes, masques, statues et j'en oublie.
Pour ma part, je vais bientôt m'enivrer de lavande, de farigoule et romarin.
Je t'embrasse

Gérard a dit…

on y récoltait des ignames, des tarots, des giraumons, du paddy et …mangues, papayes, cristophines, goyaves, maubins, caramboles,de la ..tu me mets le fruit à la bouche je suis fruits et légumes avant out.

Lyse a dit…

Ton texte a beaucoup de similitudes avec mes souvenirs d'enfance passée en Afrique.
Je me souviens de l'odeur de la terre, celles des mangues parfumées, la parole sage des anciens, la solidarité des personnes entre elles. De mes petites amies écolières dansant dans la cour de récréation ou arrivant à l'école avec une immense pile de livres sur la tête
Et de la saison des pluies qui faisait déborder le fleuve Chari
J'ai hâte de lire la suite de ton récit

heure-bleue a dit…

Ton texte donne des envies de voyage...

Rosie a dit…

Le manioc cela me rappelle le Cameroun.

Bien hâte de lire la suite de cette histoire.

Bon lundi et bisous de ta p'tite cousine du Québec.

Mathilde a dit…

Bonjour Muse..

Partir, partir, c'est une envie qui nous taraude toujours.... J'aime les souvenirs et les carnets de voyage, j'aime savoir comment vivent les gens du bout du monde, tout est toujours trop loin pour moi...

Merci Muse pour tes visites sous la lune bleue... toujours douces et régulières, de celles qui font plaisir, parce que donnée.. Sans retour

Vincent a dit…

bonjour Muse :

Tu as enseigné en Guyane!!!
As tu connu le peuple MONG qui a été "transplanté" (pardonne le mot) en forêt à la suite de persécutions dont il était victime au Vietnam?
En effet, ce peuple qui aurait collaboré avec les américains, subissait dans son pays la vengeance de ses compatriotes.

j'aime cette atmosphère des nuits tropicales et en particulier en Martinique. Cette montée en puissance du chant des minuscules grenouilles (au fur et à mesure que le jour baisse)ponctué du bêlement grave d'un autre batracien (on m'a dit que ce pouvait être une sauterelle qui fait ce bruit). Puis au matin le tintamarre se fait plus discret de minute en minute jusqu'à l'arrivée du soleil.

Si je puis me permettre Muse : lorsque tu fais des nouvelles comme celle ci, peux tu les poster en inversant les paragraphe. On pourrait ainsi les lire de haut en bas. C'est plus facile à lire.
Merci
et à bientôt.
;o))