lundi 2 juin 2008

"Dis Maman Joséphine, il va falloir que tu nous parles un peu du chant kalau, ce soir..."Elle me
fit un sourire complice avant de continuer.

Tu sais, les Indiens d'ici parlent le wayanas. Nous autres, on est habitué à les entendre et on finit par comprendre ce qu'ils disent.Mais lorsqu'ils chantent le chant kalau, plus personne ne comprend, même pas sûr que les chanteurs comprennent bien ce qu'ils chantent. Ca ressemble à une langue secrète. Il faut dire qu'ils racontent là un peu de leur mythologie, l'histoire primitive de leur peuple. Parfois, ils inversent de syllabes et parfois même ils en rajoutent. Ils utilisent des mots d'autres dialectes indiens. Je sais, parce qu'on me l'a dit, qu'il faut plusieurs mois à un chanteur pour apprendre les chansons...

Kayayananamé !
Les danseurs au bord du chemin se parent de leurs ornements.
Les danseurs vont en avant, s'arrêtent, vont en arière.
Ils mettent à leurs chevilles les grelots kawaï.
Les gens d'en haut sont venus danser.
Ils sont venus danser pour les tepiem.
Ils ont ornés leurs corps de dessins sipë.
Ils portent des dessins kuupë pour être beaux...



Tandis que les hommes dansaient au bord du chemin, à la queue-leu-leu, tantôt les mains libres, tantôt une main posée sur l'épaule de celui qui était devant, les jeunes tepiem, c'est ainsi qu'on appelle les postulants au maraké s'approchèrent des danseurs en courant. Ils portèrent dans leurs mains une baguette de bois enflammée sur laquelle brûla du piment séché. Une odeur âcre s'en dégagea et les tepiem toussèrent. Kulinaïlu était très sérieuse. Sa maman avai du mal à la reconnaître, tant elle était une fille à la fois fantasque et sauvageonne. Mais que portait-telle autour du cou, se dit -elle?

A ce moment là, les femmes apportèrent des bancs sur lesquels s'assirent les danseurs . Puis elles vinrent leur servir une casserole de cachiri. Les danseurs firent face à la rivière. Ils burent goûlument puis ils le vomirent. Certains prétendent qu'ils s'agit d'un rite de purification, tout comme la fumée que dégagent les piments.

Et la mélopée continua infatigablement.

Ils portent des plumes de aras sur leurs ornements ëkilapoya.
Ils portent des plumes de hocco à leurs ornements pasik.
Après avoir dansé un peu au bord du chemin, ils s'avancent vers le village.
Les plumes de ara à leurs bras sont secouées par la danse...



Bonne fin de soirée à toi lecteur, remerciant Jean Hureault pour son livre excellent sur les Indiens Wayanas de la Guyane française qui me permet de vous mettre des transcriptions de chants kalau et de vous parler du maraké.
Que ta nuit soit emplie de rêves...

7 commentaires:

patriarch a dit…

j'ai connu, en moins important que toi,les coutumes Kanaks.Je n'allais en tribu que lorsque mon travail me le permettait et mon séjour n'a été que d'un an.Mais si ma femme était venue me rejoindre avec les enfants, je serais resté là bas.

Bonne nuit et je vais rêver, sûr !!

brigetoun a dit…

j'aime beaucoup la mélopée.
Que porte-t-elle au cou ?

Rosie a dit…

Quel beau rituel et les chants Kalau, c'est très beau ce qui est chanté.

Tu es très généreuse, douce Muse, de faire des recherches, et de nous partager tes souvenirs. Bien hâte à la suite, mais sans pression de ma part.

Bon mardi et bisous de ta p'tite cousine du Québec.

herbert a dit…

Merci, Muse.
C'est un beau rituel, plein de poésie et de couleurs.
J'aimerais bien parlé une langue secrète que personne ne comprend...

Bonne journée et bisous.

heure-bleue a dit…

Merci Muse de lire pour nous de très beaux livres, le courage me manque, je lis pour me délaisser...

camomille a dit…

Bonjour Muse... Toujours aussi prenant de lire tes billets... Cela ferait un superbe livre... Y as-tu pensé ? Bonne journée et biz de camo !

tanette a dit…

Ah oui, un bon livre : Pourquoi pas ?