mardi 10 juin 2008


Joséphine ce soir- là fumait sa pipe sur les marches de son carbet, sa longue jupe entre ses jambes écartées, les avants bras posés sur ses genoux. Le petit fourneau ne pouvait contenir guère de tabac, mais était-ce bien du tabac ? Je dois dire que je ne lui ai jamais posé la question. Elle m’attendait et je pense qu’elle était heureuse de ma visite. Je ne savais pas quel tour allait prendre son récit. Elle savait bien où elle en était resté et donc elle poursuivit.

Kulinaïlu mais aussi les autres tepiems commencèrent par faire une vannerie de forme cylindrique qu’ils habillèrent de perles fines et colorées, de manière à obtenir, chacun, des motifs bien particuliers. Les animaux mythiques de la forêt étaient largement représentés ou du moins leur esprit. Puis ils garnirent la coiffe de plumes blanches, de plumes de toucan et de duvet blanc et sur le dessus ils placèrent de grandes plumes rouges de la queue de aras. Une grande tige en demi-cercle recouverte de coton donnait à l’ensemble sa rigidité. C’était un plaisir de voir leur habileté dans cet exercice qui demande concentration.Ils s’appliquaient à leur tâche tandis que le village continuait à vivre à son rythme ; parfois quelqu’un s’approchait pour regarder mais jamais aucune parole n’était prononcée.



Une fois fini ce chapeau, ils partirent en forêt afin d’abattre un acajou ; ils devaient réaliser chacun un tabouret dans ce tronc, taillé d’une seule pièce, le kololo. Et chacun là aussi rivalisa d’adresse, de force et d’imagination pour tailler le plus joli des tabourets. Ils maniaient le sabre d’abattis à la perfection ; les filles pour avoir eu à l’utiliser dans les travaux des champs et les garçons pour avoir eu à s’en servir dans la construction de pirogue. Ce sont des gestes qu’ils avaient appris de façon naturelle.

Le lendemain matin, la journée se passa à la confection des ornements de dos. Des adultes du village vinrent les aider dans ce travail. Il s’agissait de simuler des ailes, à l’aide plumes. Et puis chacun réalisa sa flèche maraké de parade, flèche spéciale qui se termine par un cadre entouré de fil de coton, de morceau de bambou et de petits bouts de coton.

Pendant ce temps dans le village on s’affairait à d’autres activités traditionnelles. Il s’agissait de construire un taphem, sorte d’ornement symbolisant un squelette coiffé d’un chapeau de danse Olok. Dans le village de Kulu, on faisait la même chose. Ils devaient être échangés lors d’une danse à venir. Car dans tout maraké, l’échange restait la part essentielle. On sentait la fièvre monter dans le village.

Deux jours plus tard, les villages s’étaient à nouveau réunis pour cette danse. Ceux du village d’en haut se dirigèrent vers le grand carbet circulaire, et en firent le tour portant haut leur taphem. Ils se mirent à danser en file faisant le tour du tukusipan.



Peu après, ils subirent le rite du piment sec. Tous pleurèrent et toussèrent devant l’âcreté de la fumée dégagée. Puis ceux du village d’en bas entrèrent en action, tournant en sens inverse. L’homme de tête, celui qui conduisit les Hommes du village d’en bas, se saisit au passage du taphem des hommes du village d’en haut. La résistance ne fut pourtant que bien symbolique. Le taphem conquis fut amené dans sous un carbet. Vint alors le moment de se restaurer, mais toujours de façon bien symbolique. On échangea entre gens d’en haut et gens d’en bas la nourriture faite de galettes de cassave.En revanche le cachiri continuait à couler à flots. Et même si cette boisson ne contenait pas beaucoup de degré, ses ravages commençaient à se faire sentir.

L’on dansa encore jusque tard dans la nuit.


19 commentaires:

fake lottery tickets a dit…

Your blog is very creative, when people read this it widens our imaginations.

Gérard a dit…

danser la nuit je veux bien, mais pas cet a-m..trop chaud en Touraine ...pour une fois !

patriarch a dit…

J'aime bien te lire, car je retrouve des traditions, mêmes si elles ne sont pas identiques,des kanaks dans tes écrits.Là bas aussi, il y a les fêtes traditionnelles entre tribus et la coutume à respecter. Il y a aussi leurs danses dont le "Pilou" danse guerrière.Et surtout la narration qui est le mode de l'enseignement traditionnel des ancêtres.Le soir,les parlotes étaient toujours animées, assis tous ensemble au près d'un ancien. Là bas aussi, les vieilles femmes de tribu fumaient la pipe.

On voit que tes écris sont tous "chiadés". Merci !

camomille a dit…

Bonjour Muse... Juste un passage rapide pour te saluer... Gros orages actuellement sur le Béarn... Bonne fin de journée et bonne soirée,je reviendrai lire ton article quand tout sera plus calme.... Bises amicales !

Laudith a dit…

J'aime beaucoup tes récits qui m'emmènent dans de lointaines contrées et me font découvrir les traditions et coutumes de ses peuples.

Merci muse de me faire rêver un instant.

tanette a dit…

Un petit coucou rapide pour te souhaiter bonne soirée. Je reviens lire demain.

Rosie a dit…

Cela me rappelle les fêtes africaines avec tous les rites les entourant, les villages se visitant comme dans ton récit et surtout leurs danses si envoutantes, veut, veut pas, je m'y sentais entraînée aussi.

Je crois que tu as vu sur mon blogue dans "Mes Souvenirs d'Afrique, les photos des danseurs/danseuses africaines en costume.

Je te suis toujours dans ce récit captivant, j'ai hâte de lire la suite quand tu en auras le temps, bien sûr, ne te met pas de pression, douce Muse.

Bon mercredi et bisous de ta p'tite cousine du Québec.

brigetoun a dit…

toujours émerveillée par les vaniers. Et là il y a la couleur en plus.
J'aime la grande case ronde

Mathilde a dit…

Bonjour Muse,

Il faudrait avoir voyagé beaucoup pour retrouver certains repères dans les récits, livres ou carnets de voyage.

J'ai toujours eu envie de partir et cette envie me taraude encore, je commence timidement à le faire. Mais je lis tes récits comme un livre avec le même intérêt et j'ai lu tant de livres, tant de voyageurs..

Bonne journée à toi Muse et merci pour tes petits passages vers la lune bleue, même lorsqu'elle e tait.
À bientôt.

herbert a dit…

Bonjour, Muse.
Quelle douce ambiance exotique.
Je suis, je suis.
J'ai ouvert un calepin où je note les mots que je ne connais pas et leur sens.
Autour d'eux, on peut danser aussi.
Bonne journée et merci
Je t'embrasse.

Anonyme a dit…

Un bonjour d'une fidèle lectrice. Comment vas-tu? Je t'embrasse. Arlette

heure-bleue a dit…

Tu es amoureuse de l'Afrique et on le sent à te lire...

camomille a dit…

Je m'évade chaque fois que tu mets un nouvel épisode! Merci Muse de me faire rêver à ces personnes qui sont si loin de la vie que nous menons et qui pourtant ont l'air bien plus heureuses.... Bonne journée à toi, tien le soleil pointe le bout de son rayon.....

Cristina a dit…

Merci de ta visite.Je découvre ton univers poétique avec plaisir.
danser la nuit au clair de lune...quel bonheur!!!

jean-philippe a dit…

un joli récit bien tourné et agréable à lire ..je découvre ce lieu et c'est un joli plaisir surtout par le temps qu'il fait !

PS : amusant le nom de votre blog, j'avais fait une chanson à ce sujet :
http://fr.youtube.com/watch?v=FBPcwysndHg&feature=related

Dalva Maria Ferreira a dit…

Merci, merci, merci... par tes mots si douces! Mon Français est terrible, mais j'adore la poesie... Que tu viens toujours a mes blogs et nous parlerons la langue du coeur, ok? Baisers du distant Brasil.

Rom a dit…

Bonjour Muse
Billets de fausse loterie a commenté en premier en disant: "Votre blog est très créatif, quand on le parcourt l'imagination s'agrandit"
Fichtre! J'ignorais que la technologie du net était si pointue que les robots pouvaient maintenant analyser le contenu des blogs. ;-)
Car, si la loterie est fausse, son commentaire est très juste.
Bises

magali a dit…

coucou muse, psss pas le temps de lire tes articles, j'avais pourtant comm,ncé et ça m'a plut...plus tard si j'arriv a récupérer une free box un jour !!

j'espère que tu vas bien, je t'embrasse

Anonyme a dit…

Lobita écrit: merci Muse de ton passage sur mon blog et merci de la belle initiative de recueillir le poèmes aimés de MarieL. Elle me manque, cette chère MarieL. A bientôt
http://lobita.canalblog.com