lundi 18 juin 2007

Une poule sur un mur (41)

On le conduisit donc comme prisonnier de guerre à l’arrière. Là en présence d’un officier français, il expliqua sa désertion. Naturellement, on commença par ne pas le croire. Partout dans la région de Mulhouse les Allemands avaient laissés derrière eux des soldats parlant le Français, comme espion. Ils étaient là pour surveiller la progression des troupes et faire le point avec le quartier général du quinzième corps.

Mais Papa mit tant d’insistance et livra tant d’informations concernant cette septième armée d’Heeringen et sur sa connaissance du terrain qu’on finit par accepter sa désertion. Il demanda alors à combattre du côté français ce qui fut accepté. On le nomma dans une unité de dragons dont la mission était de descendre dans la plaine d’Alsace par la vallée de Munster, vallée que Papa connaissait fort bien.

Mais ces nouvelles-là nous étaient inconnues. Pour nous, sans nouvelles nous le croyions toujours suivre le train de cette armée se repliant vers Neu Brisach. On nous avait laissé une grande partie de l’après-midi pour nous amuser un peu. Nous ne savions rien et notre âge nous rendait sans doute insouciantes du danger imminent. Te souviens-tu Milady que nous avions descendu le grand pré sous la chapelle qui descendait jusque vers la Fecht ! Nous roulions dans l’herbe sous le regard de Fraïhaït qui semblait ne pas comprendre le jeu des humains. Elle nous avait laissé là pour s’élever dans un ciel bleu, sans nuage, en direction du col, là où la forêt s’épaississait.

Nous avions passé un long moment au bord du ruisseau, faisant descendre des bateaux imaginaires jusqu’à ce que le courant les fasse disparaître de nos regards ; quittant nos sabots, nous trempions les pieds dans l’eau fraîche de la rivière, en soulevant nos robes pour ne pas les mouiller. Puis nous avions ramassé un gros bouquet de fleurs des champs avant de remonter à la marcairie. Fraïhaït était revenue et nous signalait sa présence par des battements d’ailes sonores.


Bon début de semaine à mes lecteurs et aux passants d'ici.Que ce lundi irradie de douceur et vous apporte l'espoir.

7 commentaires:

brigetoun a dit…

et une fois de plus l'habile feuilletoniste nous laisse attendre dans la crainte la petite catastrophe personnelle pour les fillettes

marie.l a dit…

encore une belle suite. Bon début de semaine à toi aussi.BBBB

bdu a dit…

Lucette te souhaite une bonne journée

tanette a dit…

Bonne semaine à toi aussi et à demain pour la suite.

heure-bleue a dit…

Ton père n'a pas eu la vie facile, sa guerre fût trop longue...

Muse a dit…

bien ciblée Brig...il faut toujours un peu de suspens dans cet exercice...
et ça continuera demain aujourd'hui rimaille
Bonjour Lucette sois la bienvenue ici
Tanette je vais te faire attendre encore un peu...
Heure-Bleue il est vrai que mon père a gâché 10 ans, les plus belles de sa vie sous l'uniforme de l'armée française entre régiment, rappel, guerre et prisonnier de guerre...celui de mon histoire ne l'a pas eu facile non plus mais ce sera plus bref, promis!

Le_peintre a dit…

Déserté d'un côté, puis continuer à combattre de l'autre, un choix difficile.